Un atelier de cordonnerie moderne pour la consolidation de la paix à Kalehe

L’équipe de NPCYP a visité le lundi 22 juin 2020 l’atelier de cordonnerie moderne tenu par le Cadre de concertation intercommunautaire (CCI) dans le cadre du projet YAPP. Au moins trente-cinq jeunes encadrés  dans ce métier remercient vivement l’impact de ce projet dans la communauté à Kalehe.

 

En plein cœur de Kalehe, dans la province du Sud-Kivu, certains jeunes ont réussi à vaincre l’oisiveté et à promouvoir la paix  dans la communauté à travers leur activité d’entrepreneuriat. Ensemble, harmonieusement, avec zèle, ils passent leurs temps dans un atelier de cordonnerie qui offre à la communauté des chaussures sandales pour hommes et pour  femmes.

Ces jeunes, certains des ex-rebelles qui ont déposé les armes et repris la vie en société sont encadrés par le CCI (Cadre de concertation Intercommunautaire) soutenu par le NPCYP (National Partenrship of Children aind Youth in Peacebuilding) dans le cadre du projet YAPP (Action des Jeunes pour la Paix).

En mai dernier, 35 jeunes ont été formés dans la cordonnerie moderne et ont bénéficié d’une connaissance pouvant leur permettre de confectionner leurs propres sandales.

«  Nous avons fini la phase de formation le 30 mai. Nous avons formé 35 jeunes. Vingt-huit ont réussi le test et 7 ont échoué.  » explique un formateur au sein du CCI dans la cordonnerie moderne.

Lorsque l’équipe de NPCYP  leur rend visite à Kalehe ce lundi 22 juin 2020, ces jeunes sont, comme tous les jours, présents dans leur atelier, occupés à fabriquer des sandales, en suivant toutes les étapes de fabrication des chaussures du dessin au semelage jusqu’aux travaux de finition. Chacun a sa tâche, selon les étapes, ce qui d’ailleurs  constitue la beauté et la richesse de cette activité qui réunit les jeunes de différentes origines ethniques autour d’une même activité dans la paix.

« Nous avons initié notre projet de la cordonnerie moderne pouvant aider les jeunes à se prendre en charge.  Je pense que  vous avez visité tout ce que nous avons comme matériel dans notre atelier. Le projet YAPP nous a aidés pour que nous puissions encadrer la jeunesse en provenance des groupes armés et les jeunes à risque » explique Beaudoin BIZIMUNGU, modérateur du CCI à Kalehe.

Baudoin BIZIMUNGU, modérateur du CCI à Kalehe

Ces jeunes sont aujourd’hui en mesure de se fabriquer les souliers et les vendre sur le marché.

« J’ai subi une formation en coordonnerie moderne et celle-ci m’a beaucoup aidé. J’étais un rebelle du groupe Nyantura. Beaucoup d’organisations n’ont pas réussi à nous sensibiliser à part le CCI grâce auquel je suis parvenu à rentrer à la maison. Mes parents ont beaucoup loué les efforts du CCI et m’ont encouragé à intégrer la formation. Aujourd’hui, je suis prêt à m’auto-prendre en charge. Je trouve de quoi me payer du savon, du cirage à travers ce travail de cordonnerie moderne. » Témoigne  BABIKIRA Marcelin, un ancien rebelle encadré par le CCI dans le projet de cordonnerie moderne.

Grace à la bravoure des jeunes du CCI et au dynamisme de leurs encadreurs, l’atelier de cordonnerie produit actuellement 80 pair de sandales par mois et chaque pair vendue à 5 dollars. Chaque jeune est en mesure de produire au moins une pair de sandales par jour. Selon les encadreurs, chaque jeune est payé selon sa production, et le reste de la recette est utilisée dans l’achat de nouveaux matériels de travail. «  Nous avons tenu une réunion le 26 mai 2020 et nous nous sommes convenus que dans chaque semaine ou deux nous aurons des jeunes qui vont travailler dans notre atelier. Chaque jeune sera payé à 0.9$ par pair  cela veut dire qu’il leur faudra travailler beaucoup plus pour qu’ils gagnent beaucoup plus. Après avoir payé ces jeunes, l’argent restant sera utilisé pour acheter d’autres matériels pouvant pérenniser notre activité » confie Baudouin BIZIMUNGU.

Toutefois, à Kalehe, le CCI rencontre un défi majeur pour écouler leur produit. La vente d’une pair de sandale à 5 $ ne rassure pas la rentabilité de leur AGR s’il faut bien motiver les ouvriers et élargir leur capacité de production. Le CCI voudrait vendre même à 8$ mais pour cela, il leur faut étendre le marché jusqu’à Goma  ou à Bukavu afin d’avoir plus de clients ayant un meilleur pouvoir d’achat. . « Si nous continuons à vendre ces chaussures à 5 $ nous aurons une rupture des matières parce que l’argent ne circule pas très bien » s’inquiète le modérateur. Nous demandons au NPCYP de nous ouvrir un marché au niveau de la ville de Goma et de Bukavu pour que nous vendions à 8$ au lieu de 5 $ afin que la rémunération des ouvriers soient aussi améliorées »

Avec un comité composé de huit personnes, et des formateurs  compétents, le CCI est parvenu à contribuer à la restauration de la paix dans le territoire de Kalehe sous l’accompagnement de NPCYP  dans le cadre du projet YAPP (Action des Jeunes pour la Paix ».  Les jeunes issus des groupes armés intégrés  grâce à ce projet sont en train de sensibiliser et d’inviter d’autres jeunes se trouvant encore dans les rebellions à déposer les armes, réintégrer dans la société et profiter  de la formation et l’accompagnement dans l’activité de cordonnerie moderne. C’est le cas par exemple de Babikira Marcelin et Akonkwa Merveille qui, après respectivement  quatre ans dans les groupes Nyantura et Raia Mutomboki, sont aujourd’hui encadrés  par le CCI. Après avoir été bénéficiaires de formation en cordonnerie moderne par le CCI, ils forment d’autres jeunes à Kalehe et en même temps, lancent des messages de paix à d’autres jeunes comme eux, encore présents dans les groupes armés, à déposer les armes et réintégrer la vie en société.

Patrick BASSHAM